Et c'est vrai. Les nouvelles constructions ont augmenté et l'offre sur le marché est aujourd'hui plus importante qu'il y a quelques années.

À première vue, il s'agit d'une bonne nouvelle. Un plus grand nombre de logements devrait se traduire par des prix plus abordables. Mais la réalité est plus complexe. Malgré l'augmentation de l'offre, nombre de ces logements restent hors de portée de la plupart des familles.

L'explication ne réside pas seulement dans le marché. Elle réside également dans le contexte dans lequel les logements sont construits.

Construire au Portugal aujourd'hui implique un ensemble de coûts qui ne sont souvent pas visibles pour les étrangers. Entre la longueur des autorisations, les redevances, les taxes, les coûts financiers et l'incertitude des délais, le risque est élevé pour les promoteurs de projets immobiliers. Et ce risque a un prix.

Le promoteur, en tant que propriétaire tout au long du processus, supporte les coûts accumulés au fil des ans. Intérêts, charges fiscales, frais administratifs et retards. Tout cela se répercute sur le prix final de la maison.

Face à ce scénario, la décision devient presque inévitable. Construire là où le rendement est le plus élevé. Dans les zones les plus recherchées, dans les segments où la capacité d'achat est la plus grande. Non pas par manque de volonté de faire autrement, mais parce que le système lui-même pousse dans cette direction.

Et c'est là qu'intervient un point souvent peu abordé. Le rôle de l'État.

Au Portugal, l'État a eu une présence très limitée dans la promotion directe du logement locatif ou dans les solutions structurées qui aident à équilibrer le marché. Dans le même temps, la charge fiscale associée au développement immobilier reste élevée, ce qui réduit les possibilités de développer des projets plus abordables.

Si nous examinons d'autres secteurs, nous trouvons des exemples intéressants. Dans le commerce de détail ou la logistique, le modèle est clair. Ceux qui investissent dans des parcs logistiques ou des espaces commerciaux le font sur la base de contrats à long terme. Des baux de 15 ou 20 ans qui garantissent la prévisibilité, la stabilité et le rendement.

Le promoteur n'est pas focalisé sur l'activité du locataire. Il se concentre sur l'actif immobilier et sa rentabilité dans le temps.

La question qui se pose est simple. Pourquoi ne pas appliquer une logique similaire au résidentiel ?

S'il existait des conditions fiscales plus favorables, couplées à des engagements clairs, il serait possible de créer un modèle différent. Les promoteurs développeraient des projets destinés à la location à long terme, avec des avantages fiscaux en échange de loyers abordables et d'une stabilité contractuelle.

Cela pourrait créer un nouveau segment sur le marché. Il ne s'agirait pas seulement de maisons à vendre, mais de maisons à habiter avec une certaine prévisibilité. Un modèle dans lequel l'investisseur bénéficie d'une sécurité et le résident d'un accès.

Dans le même temps, cela permettrait d'alléger la pression sur l'achat de logements, qui reste aujourd'hui, pour beaucoup, la seule option.

Bien sûr, cela nécessite une vision et une coordination. Il faut des politiques publiques cohérentes, une stabilité fiscale et des processus plus efficaces. Mais surtout, il faut reconnaître que le marché, à lui seul, ne résout pas tout.

Ce que nous vivons aujourd'hui n'est pas un manque de construction. C'est une inadéquation entre ce qui est construit et ce qui est nécessaire.

Le Portugal continue de réunir toutes les conditions pour évoluer dans ce domaine. Il y a des capacités, de l'intérêt et de l'expérience. Ce qui manque, c'est peut-être de mieux aligner les incitations.

Car en fin de compte, il ne s'agit pas seulement de construire plus.

Il s'agit de construire mieux, avec équilibre, et de veiller à ce que l'accès au logement ne dépende pas uniquement de celui qui peut payer le plus, mais d'un système qui fonctionne pour tout le monde.